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L'Université populaire d'été : espace alternatif d'échanges
Posté le mardi 22 novembre 2016 par icklhaiti

Par Walner Osna,

Animateur, Institut Culturel Karl Lévêque (ICKL)

L'Université populaire d'été : espace alternatif d'échanges L'université populaire est un espace alternatif d'échange de connaissances et d'expériences, et de transmission de savoir. C'est un espace d'éducation populaire. Ce modèle d'espace vise à accompagner les masses opprimées, urbaines et rurales, à se conscientiser sur leur réalité quotidienne et structurelle. Il est construit dans le souci de contribuer à une compréhension approfondie des grands enjeux et défis de l'organisation sociétale haïtienne.

Ce type d'université a pris naissance en Europe et se réalise surtout en été. Précisément, c'est le parti communiste français qui a initié ce modèle d'université afin de mieux informer et former ses membres sur les activités du parti et de faciliter une meilleure compréhension de la réalité qu'ils vivent. Dans cette même ligne d'idée, voici ce qu'a écrit Evelyne Bloch-Dano : « Le mouvement des Universités populaires né en France à la fin du 19ème siècle dans la foulée de l'affaire Dreyfus, puis tombé en désuétude dans notre pays, a connu un nouvel essor dans les années 2000, grâce à la création par le philosophe Michel Onfray de l'Université Populaire de Caen. Ouverte à tous, libre et gratuite, celle-ci propose des séminaires dispensés par des enseignants bénévoles, de grande qualité. Ces cours ont pour objectif d'aider à mieux comprendre le monde et surtout, à le comprendre différemment [1] ».

C'est cette même perspective qui a guidé des institutions haïtiennes notamment l'ICKL, qui fut l'initiatrice de cette activité, à créer ce même type d'espace en Haïti. L'ICKL est l'institution qui a initié cette expérience d'université populaire. Au début, cet espace portait le nom de « séminaire manche longue ». Au fil du temps, d'autres institutions partenaires vont prendre parti comme organisatrices, par exemple la PAPDA en 2009. Puis, on aura en tout six institutions organisatrices de cette université d'été : l'ICKL, la PAPDA, l'ITECA, le PAJ, la SAKS et la SOFA. L'année 2016 marque déjà la seizième édition de l'université populaire d'été en Haïti.

Durant ces trois dernières années, l'université s'est déroulée sur un thème générique qui est : économie sociale solidaire. Les trois dernières éditions ont été réalisées respectivement autour des thèmes « … », « économie sociale solidaire pour la transformation sociale » et « économie sociale et solidaire : enjeux et défis pour la transformation sociale ». Cette activité poursuit plusieurs objectifs à travers le choix de ce thème.

D'abord, il s'agit de permettre aux participant-e-s de connaitre les différents modèles d'organisation et leur mission dans la lutte pour la transformation sociale ; ensuite, d'aider les etudiant-e-s à connaitre et comprendre mieux la problématique de l'économie sociale solidaire. Enfin, l'université populaire veut faciliter aux masses opprimées, à travers les organisations comme médiation, l'accès à des connaissances que les classes dominantes s'approprient et transforment en marchandise. Plusieurs approches existent sur l'économie sociale et solidaire.

Au moins trois grandes approches de l'économie sociale solidaire ont été abordées. Une approche assistantialiste est basée sur la charité. C'est-à-dire, cette approche s'inscrit dans une logique d'apporter des miettes aux appauvri-e-s. Ainsi, beaucoup d'organisations et institutions intervenant dans le champ humanitaire se disent ou peuvent se dire s'inscrire dans une logique d'économie sociale et solidaire. Dans ce cas, il s'agit d'une vision caritative de l'économie sociale et solidaire.

La deuxième approche est dite autonomiste. Cette approche s'inscrit dans une dynamique de créer d'autres formes d'activités économique et sociales en dehors de la logique capitaliste sans pour autant vouloir lutter et imposer un système alternatif au capitalisme. Ces autres pratiques cohabitent avec le système capitaliste. Par exemple, les coopératives, les mutuelles, les caisses populaires et d'autres associations peuvent être situées dans ce courant. La logique établit une dynamique d' « autonomisation » des acteurs impliqués afin de moins subir les conséquences quotidiennes du système dominant.

La dernière est une approche alternative aux deux premières. Elle est en contradiction avec le système capitaliste et lutte pour sa destruction. C'est une logique socialiste solidaire basée sur l'égalité, la solidarité, les droits humains et le respect de la nature. Alors, ce courant se propose de lutter pour la transformation radicale de la société en établissant d'autres formes d'activités économiques et sociales. Ainsi, les activités économiques et sociales ne sont que des moyens dans la lutte globale pour la transformation sociale. C'est dans ce courant que s'inscrivent les six institutions qui réalisent cette activité d'université populaire depuis plus d'une décennie en Haïti. Notons qu'il ne faut pas confondre cette vision de l'économie sociale et solidaire avec l'économie planifiée qui, elle-même, est contrôlée par un État socialiste et implique donc la mise en place d'un appareillage administratif étatique approprié. L'économie planifiée suppose un État socialiste déjà conquis alors que l'approche alternative de l'économie sociale solidaire s'inscrit dans des luttes portées par les forces progressistes et révolutionnaires pour la construction d'un tel pouvoir. Voici globalement l'esprit qui anime la réalisation d'université populaire d'été autour du thème « Économie sociale et solidaire » pendant trois ans. Comment est structurée et organisée cette université ?

Les organisations populaires du milieu rural et urbain ainsi que les radios communautaires sont le principal public cible de cet espace d'échange et de transmission de connaissances. Ce sont des organisations partenaires que les institutions accompagnent dans le cadre de leur travail de terrain. En plus, il y a également des organisations amies dans le secteur populaire qui y participe. Ainsi, les institutions invitent des organisations à déléguer des membres pour participer à cette grande activité. Il est à souligner que durant ces trois dernières années, comme il y avait un thème général, il était conseillé aux organisations de déléguer les mêmes participant-e-s pour les trois éditions concernées. Le nombre d'étudiant-e-s qui participe s'élève en général à une centaine.

L'organisation de l'UP se fait en trois moments. Dans un premier temps, il y a un espace de tronc commun pour les trois premiers jours. Cet espace donne lieu à des échanges en plénière entre tous les participant-e-s et des animateurs/animatrices. Ce premier moment est l'occasion d'engager une analyse de conjoncture pouvant amener à une compréhension approfondie du contexte actuel et des actions assumées par des forces sociales conscientes. Après le tronc commun, les participant-e-s se divisent en trois sections. Chaque section est organisée sous un thème spécifique lié au thème général. Une section réfléchit sur les aspects du thème général spécifiques au genre, une autre sur les dimensions liées à la communication et l'autre sur les logiques de production et de distribution de biens et de services. Chaque section est coordonnée par une équipe constituée de membres des institutions organisatrices. La section travaillant sur la question du genre est coordonnée principalement par des membres de la SOFA (Solidarité Fanm Ayisyèn) ; celle liée à la communication est assurée fondamentalement par la SAKS (Sosyete Animasyon ak Kominikasyon Sosyal) et l'autre section par la PAPDA (Platfòm Ayisyen k ap fè Pledwaye pou yon Devlopman Altènatif). Ainsi, chaque équipe coordonnatrice élabore un programme correspondant à la spécificité de la section concernée. Enfin, le dernier jour est réservé à la restitution en plénière des échanges réalisés dans les trois sections et à l'évaluation de toutes les activités.

En somme, cet espace d'éducation populaire est un lieu de rencontre entre des acteurs et actrices du milieu populaire rural et urbain. C'est une rencontre d'échange de connaissances et d'expériences. Il permet d'évaluer également ce que nous connaissons et ce que nous faisons afin de mieux définir de nouvelles perspectives dans/pour la lutte pour la transformation sociale. Donc, il s'agit de renforcer la capacité théorique des militant-e-s membres d'organisations populaires rurales et urbaines afin que ces dernières puissent être suffisamment armées pour comprendre le monde, dans sa nature profondément inégalitaire et mouvante, et poser des actions dans le sens de sa transformation.

[1] BLOCH-DANO, E. « Histoires de goûts » ou la genèse de l'Université populaire du goût d'Argentan (France). IN : Proa - Revista de Antropologia e Arte[on-line]. Ano 02, vol.01, n. 02, nov. 2010 :01. Disponible sur http://www.ifch.unicamp.br/proa/Relatos%20e%20ExperienciasII/evelyneFR.html

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