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Comment l'Economie Sociale et Solidaire peut-elle contribuer à la relance de l'économie paysannes ravagée par l'ouragan Matthew ?
Posté le lundi 23 janvier 2017 par icklhaiti

Par Muller Pierre-Louis

Institut Culturel Karl Lévêque (ICKL)

Les 3 et 4 octobre dernier, Haïti a subi les impacts du cyclone Matthew faisant, sur son passage dans les départements du Sud, des Nippes et du Nord-ouest, des dégâts considérables. Le secteur le plus touché a été la paysannerie qui est plus exposée aux catastrophes naturelles, tenant compte de sa situation d'extrême vulnérabilité.

Les pertes causées par le cyclone Matthew, selon les chiffres officiels, sont estimées à environ 2 milliards de dollars américains. Une approche très économiciste qui ne tient pas réellement compte du niveau des dégâts sur l'environnement physique et sur le patrimoine écologique des régions touches [1]. Les communautés où travaille l'Institut Culturel Karl Lévêque (ICKL) n'ont pas été épargnées ; au contraire, celles de Maniche, de Cavaillon et des Baradères ont payé fort le tribut, que ce soit en vies humaines, en maisons détruites ou endommagées, en têtes de bétail, en jardins dévastés et en pertes immatérielles que les tenants du pouvoir ne peuvent chiffrer et ne se soucient même pas de le faire.

Les dégâts causés par les catastrophes naturelles se mesurent au manque de vision des dirigeants, à leur insouciance qui découlent du choix de la politique économique du pays. Une économie marchande qui asservit et maintient la grande majorité de la population dans une situation d'exclusion et de vulnérabilité ; une politique économique qui ne tient pas compte de son entourage immédiat ni de l'environnement global du pays ; une politique fondée sur l'individualisme aveugle dans la mesure où elle agit au détriment même de l'espace physique dans lequel elle évolue. Les politiques économiques axées sur l'économie de marché étalent largement leurs limites et leur incapacité à répondre aux besoins sociaux et économiques de la population. L'exclusion de la grande majorité est un problème de taille, du même ordre que l'incapacité (la dépendance économique des États tend à compromettre leur autonomie politique) de bon nombre de gouvernements nationaux de choisir leur propre système économique ou même d'administrer leur économie nationale en fonction de leurs besoins sociaux et environnementaux [2].

Face à cette situation, des réponses appropriées et durables doivent être apportées. Et sans aucun doute, l'Etat devrait être l'acteur principal, pouvant faciliter la promotion de pareilles solutions. Mais quand il est dépendant, démissionnaire ou tout simplement quasi absent, les acteurs socioéconomiques se frayent leur propre voie de sortie en concevant de nouvelles perspectives ou tout simplement en optant pour de nouvelles alternatives. Face à cette situation, que peut apporter l'Economie Sociale et Solidaire (ESS) ? Certes, l'ICKL sur la base de ses contacts et visites dans les communautés les plus frappées par le cyclone Matthew, a élaboré dans une certaine mesure un plan de réponse d'urgence qui est en train de se matérialiser avec l'aide ou l'appui de plusieurs de ses partenaires financiers. Mais l'urgence, c'est certainement pour un moment précis et très court. Il faut d'autres interventions plus structurantes pour sécuriser davantage cette économie paysanne qui est trop souvent en proie aux caprices les plus légers de la nature.

L'ICKL dans le champ d'Économie sociale et solidaire

Dans le cadre de son travail d'éducation populaire et d'encadrement des communautés de base, l'ICKL depuis un certain temps a élargi son champ d'action sur le terrain des luttes économiques afin de mieux accompagner et aider ses partenaires à faire face à la vertigineuse dégradation de leur cadre de vie. L'ICKL pendant une dizaine d'années a aidé à la réalisation d'environ 35 initiatives socioéconomiques dans divers secteurs à travers le pays. Il intervient dans la formation sur la philosophie de l'économie sociale et solidaire, la formation en techniques de gestion participative et le financement des activités économiques. L'esprit d'une telle intervention se révèle doublement fondamentale tant d'un point de vue économico-socio-culturel qu'idéologico-politique. L'Institut, en faisant de l'éducation populaire son cheval de bataille, s'engage du même coup à prendre part aux diverses formes de luttes et de résistances menées par cette mouvance en vue de leur pleine émancipation. C'est dans ce sens qu'une recherche constante d'alternatives et de nouvelles pratiques doit intégrer l'accompagnement et l'engagement de l'Institut aux côtés du secteur populaire. Les sentiers que compte emprunter l'Institut, se situent loin des sillages de l'économie capitaliste dominant qui ne peut en aucun cas faciliter l'émergence de l'être humain total dans une société libre et libérée de certains besoins primaires. Ses démarches recoupent par contre la voie qu'empruntent bon nombre d'organisations faisant partie du grand courant altermondialiste.

L'économie solidaire ne saurait se confondre avec d'autres formes d'économie dans une espèce de secteur fourre-tout qui légitimerait l'éclatement de la condition salariale. Elle ne saurait en aucun cas constituer une " économie-balai " qui ramasserait les laissés-pour-compte de la compétitivité. Au contraire, les expériences qui se situent dans la perspective d'économie solidaire prouvent tous les jours qu'il est possible de fonder l'initiative sur des actions de solidarité. En effet, l'économie solidaire refuse de considérer que la seule solution consisterait à laisser s'épanouir une économie de marché libérée d'un maximum de contraintes, tout en élargissant, pour panser les plaies, le champ des actions sociales correctives [3].

Haïti n'est pas née de la dernière pluie en terme d'expériences d'économie sociale et solidaire

Haïti n'est pas née de la dernière pluie en terme d'expériences d'économie sociale et solidaire. Il y a eu plusieurs pratiques informelles en ce sens à travers l'histoire d'Haïti : les escouades, les sociétés pour l'affermage de terres, les sociétés de moitié, d'autres initiatives locales ou communautaires (banque de grains (semences) - pase/kado (élevage) - coopératives de construction ou de réparation de maisonnettes et plus près de nous aujourd'hui les tontines ou "Sòl" dans un langage plus haïtien. Autant d'initiatives qui sont dans leur essence même des pratiques d'économie sociale et solidaire d'un peuple qui se cherche et qui se mobilise à la quête de son bien-être. On a qu'à formaliser et consolider certaines de ces pratiques et développer de véritables entreprises d'économie sociale et solidaire de transformation qui vont dégager assez de profit financier pour leur épanouissement. Car, l'entreprise d'économie sociale relève le défi au quotidien d'une double organisation : démocratique, par son mode de gouvernance ; économique, par l'activité devant rester au service de sa mission sociale, tout en étant rigoureusement gérée [4].

Pour que cela soit possible, il faut :

-  Se mobiliser pour forcer les dirigeants à changer les orientations économiques du pays pour que l'État assume ses responsabilités et garantisse des droits économiques, sociaux et culturels.
-  Exiger la mise en place d'un cadre légal régissant l'Économie Sociale et Solidaire et le budget y relatif.
-  Mettre en réseau les expériences qui sont en rupture avec le système dominant. "Le réseautage est une stratégie gagnante pour les parties prenantes qui pourront optimiser leur capacité de création et de partage de la richesse afin d'améliorer l'efficacité économique, sociale et environnementale de leur communauté" [5].
-  Disposer de fonds territorialisés de développement des initiatives locales gérées par les élus et les représentants des organisations de base.
-  S'assurer de la rentabilité économique des activités ou des entreprises qui passe nécessairement par le renforcement des capacités sur le plan structurel et technique des acteurs.
-  Maximiser l'utilité sociale pour que plus de gens bénéficient des retombées des entreprises.
-  Créer des banques de financement solidaire.
-  Aider les paysans à trouver des fonds nécessaires à la reprise de leur culture.
-  Initier de systèmes d'élevage rotatif entre de petits groupes de paysans pour qu'ils reconstituent leur cheptel.
-  Mettre à leur disposition des outils agricoles.
-  Rendre l'eau accessible et construire des canaux d'irrigation associés à des pompes d'arrosage et gérés par les communautés.

[1] Lire le texte de Marc-Arthur FILS-AIMÉ : "Les dégâts de Matthew sont naturels et systémiques", publié sur le site de l'ICKL le 4 novembre 2016

[2] Acheter, c'est voter : Le cas du Café. Essai de Laure WARIDEL - Janvier 2005

[3] Propositions des réseaux de l'économie solidaire en France - Le Monde, 18 juin 1997

[4] Guide d'analyse des entreprises d'économie sociale - Réseau d'investissement social du Québec - 2003

[5] Haïti Perspectives - Vol 3 # 3 - Automne 2014

icklhaiti [ICKL HAITI]



 

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