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Analyse de conjoncture
Un nouveau souffle pour l'administration de Jovenel Moïse après la manifestation publique du 18 novembre 2018 suivie de trois jours de grève réussis
Enjeux et issues possibles de la crise
Posté le vendredi 21 décembre 2018 par icklhaiti

Par Képler AURÉLIEN,

Responsable Programme échanges inter-organisationnels et systématisation

La manifestation du 18 novembre 2018 et les trois jours de grèves qui l'ont suivie, soit les 19, 20 et 21 novembre, ont été une expression claire et nette de la crise d'hégémonie de l'équipe au pouvoir en Haïti. Il ne s'agit pas seulement du pouvoir exécutif. La recommandation de la dissolution du parlement dans pratiquement toutes les propositions de sortie de crise formulées dans cette conjoncture indique jusqu'à quel niveau le pouvoir législatif est aussi décrié. Dans cette conjoncture, le départ du président Jovenel Moïse paraissait imminent. Pourtant, juste après la grève, l'administration de Moïse bénéficie d'un calme apparent et provisoire bien entendu.

Qu'est-ce qui explique ce nouveau souffle en faveur de l'équipe au pouvoir ?

Pour élucider cette question, nous proposons une réflexion qui part d'un rappel des principales contestations qui ont amené à la conjoncture précise qui nous intéresse, puis étudie les choix tactiques des forces en présence pour enfin tenter de déceler les issues à moyen terme les plus probables.

Rappel des principales contestations menées contre l'administration de Jovenel Moïse dès sa victoire électorale du 20 novembre 2016 jusqu'à la grève des 19, 20 et 21 novembre 2018

Le président Jovenel Moïse est arrivé au pouvoir avec un déficit de légitimité populaire. Certes, il est victorieux des élections du 20 novembre 2016, selon les résultats communiqués officiellement par le Conseil Electoral Provisoire (CEP). Mais seulement cinq cent quatre-vingt dix mille neuf cent vingt-sept (590 927) citoyens et citoyennes ont voté en sa faveur, selon ces mêmes résultats [1] , sur une population en âge de voter estimée à six millions deux cent quatre-vingt seize mille trois cent cinquante et un (6 296 351) habitants en 2015 [2].

Ce déficit de légitimité n'a pas attendu longtemps pour se révéler. Contre l'arrogance du président nouvellement élu exprimée avant même son investiture lors d'un communiqué sur la programmation du carnaval national de 2017 « Le président a parlé. Point barre ! » [3], plusieurs voix se sont élevées.

Les contestations de l'administration Moïse-Lafontant allaient s'exprimer avec force pour la première fois le 12 septembre 2017 pour s'inscrire en faux au caractère antipopulaire [4] du budget national 2017-2018. Lors de grandes manifestations organisées sur la voie publique en septembre et octobre 2017, ce budget est qualifié de criminel et le départ de Jovenel Moïse est réclamé. Les contestations se sont poursuivies jusqu'à la fin de l'année 2017. Ainsi, le 5 décembre de cette année, une marche a été organisée contre la corruption caractérisée qui ronge le pays.

C'est à partir du 6 juillet 2018 que l'équipe au pouvoir allait faire face à la plus grande mobilisation populaire. Voulant jouer un coup malin, l'administration Moïse-Lafontant allait profiter du match de football opposant la Belgique au Brésil lors de la dernière coupe du monde pour augmenter le prix du carburant, espérant qu'avec la victoire tant attendue du Brésil par une grande majorité de la population haïtienne toute l'attention allait être concentrée sur une telle victoire et non sur l'augmentation du prix de l'essence. Tout s'est passé dans le sens opposé à l'attente du gouvernement. Le Brésil a été battu 2-1 par la Belgique et tout de suite après le match, une mobilisation enflammée de colère s'est déclenchée pour contester le prix du carburant. La mobilisation semble être à la fois une contestation de cette décision antipopulaire dictée par le Fonds Monétaire International (FMI) et un refuge pour les fanatiques passionnés du Brésil, leur permettant de mieux digérer la défaite. Cela ne veut pas dire qu'avec une victoire de la sélection brésilienne, la mobilisation n'aurait pas lieu. Le contentement pourrait être source de motivation autant que la tristesse liée à la défaite du Brésil a été le déclenchement de ce déchaînement populaire. En tout cas, nous n'avons ni la capacité ni l'intention d'écrire l'histoire au conditionnel. L'important, c'est de reconnaitre que la passion se jouait autant que la lucidité de la population dans la conjoncture du 6 juillet 2018 pour donner lieu à la grande mobilisation qui a paralysé toutes les activités les 6, 7 et 8 juillet dernier et a fait peur à la bourgeoisie. Cette situation a conduit à la démission du Premier Ministre Jacques Guy Lafontant. Mais la formation du nouveau gouvernement a été en grande partie une permutation de places entre des membres de l'ancien gouvernement. Ce qui a été une insulte pour les principales forces de l'opposition politique et la population en général.

Entre temps, la mobilisation autour de la dilapidation du fonds Petrocaribe lancée bien avant 2018 [5] s'est amplifiée à la suite de deux enquêtes conduites par la Commission Éthique et Anticorruption du Sénat et surtout grâce à une campagne de sensibilisation menée notamment sur les réseaux socio-numériques par des acteurs et actrices regroupés/es sous le nom de « Petro-Chalengers ». Cette ampleur du dossier Petrocaribe a contribué à la relance de la mobilisation, mais cette fois pour demander des comptes sur la gestion dudit fonds par les administrations de René Garcia Préval (mai 2006-mai 2011), de Joseph Michel Martelly (mai 2011-février 2016), et de Jocelerme Privert (février 2016-février 2017). Cette mobilisation est aussi engagée contre le président Jovenel Moïse qui, à plusieurs reprises, essaie de faire obstacle au procès Petrocaribe. Rappelons en ce sens qu'il a qualifié de « persécution politique » le rapport d'enquête menée sur le dossier par la Commission Éthique et Anticorruption [6] et qu'il a déclaré relever « plus de 50 gros mensonges » dans le rapport [7]. Depuis le Sit-in organisé devant les locaux de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSC/CA) le 24 août 2018, le dossier Petrocaribe devient le nouveau symbole de luttes qui contribue à placer la question de l'éthique dans la gestion de la chose publique au cœur des préoccupations de très larges secteurs de la population. Si certaines voix posent le problème dans les limites de la gestion transparente des biens publics, d'autres vont jusqu'à aborder la question comme inhérente à l'ordre social inégalitaire établi depuis deux siècles.

La manifestation organisée le 17 octobre 2018 dans la région métropolitaine de Port-au-Prince et les principales villes de province a été une autre grande mobilisation populaire à laquelle l'équipe de Jovenel Moïse a été confrontée. En dépit des tentatives d'intimidation (des tirs d'armes à feu un peu partout dans le pays la veille de la manifestation et surtout dans la matinée du 17 octobre), un nombre impressionnant de citoyens et citoyennes ont gagné les rues à l'occasion des 212 ans de l'assassinat de l'un des principaux fondateurs de la société haïtienne, Jean Jacques Dessalines pour exprimer leur ras-le-bol de l'équipe au pouvoir et de la structure socioéconomique en place caractérisée, entre autres, par la corruption systématique en faveur de l'oligarchie et d'une poignée de politiciens et politiciennes qui ne cherchent que leur enrichissement au détriment de intérêts fondamentaux des classes populaires.

Le 18 novembre 2018, à l'occasion des 215 ans de la bataille de Vertières, la toute dernière dans la guerre de l'indépendance haïtienne, le président Moïse s'est avoué incapable de relever le défi lancé par le principal leader du parti « Pitit Desalin » [8] quand le président a préféré une adresse à la nation (communiquée au Musée du Panthéon National) à la traditionnelle commémoration sur le site historique de la statue des héros de Vertières. Ce même 18 novembre, une grande manifestation a été organisée et suivie de trois journées de grève réussies les 19, 20 et 21 novembre. Une fois de plus, en dépit des actes d'intimidation dont le massacre perpétré au quartier populaire La Saline le 13 novembre, un nombre impressionnant de citoyens et citoyennes ont foulé le pavé des rues de la capitale et des villes de province pour exiger, entre autres, des comptes sur la gestion du fonds Petrocaribe et le départ du président Moïse. C'était de la panique dans le camp de Jovenel Moïse qui s'est vue à deux doigts de perdre le pouvoir d'État.

Déplacement de scénarii, tentatives d'alliance et prise de distance dans la conjoncture du 18 novembre 2018

Les conjonctures sociopolitiques sont marquées d'événements dont les uns sont plus importants que les autres et qui sont alimentés par des sujets de l'histoire (sujets individuels et collectifs) se positionnant suivant des intérêts. Ces événements émergent et se déplacent suivant les choix des sujets en lutte. Dans la conjoncture marquée par la manifestation du 18 novembre 2018 et des trois journées de grève qui l'ont suivie, l'équipe au pouvoir avait tellement paniqué qu'elle peinait à trouver le contenu d'une adresse à la nation qu'elle a dû reporter pour la communiquer finalement environ 48 heures après son annonce. Le motif de ce report communiqué par le Secrétaire général du Conseil des ministres Rénald Lubérice « une partie du message du président serait endommagée » [9] atteste de la débâcle dans l'administration de Jovenel Moïse à cette époque. C'était un moment d'affolement et d'indécision pour l'équipe au pouvoir. Le départ du président avait l'air imminent. Face à cette « imminence », certaines forces de l'opposition politique ont déplacé le scénario principal qui se jouait dans les rues vers le terrain de négociation avec des ambassades qui historiquement jouent un rôle décisif dans les sorties de crises en Haïti.

Ces forces de l'opposition politique, ayant accepté de dialoguer avec des représentants/es de puissances impérialistes en Haïti, espéraient avoir l'appui de ces dernières pour parvenir à leurs fins. Ce déplacement du principal scénario de la conjoncture a été porteur de déception aux principales forces de l'opposition politique. Les représentants et représentantes de puissances impérialistes en question voient dans le scénario du maintien de Jovenel Moïse au pouvoir plus de garantie pour leurs intérêts stratégiques que dans celui d'une éventuelle « transition » politique dont le contrôle est loin d'être un acquis. Cela n'exclut pas la décision de se débarrasser de lui toutes les fois que les rapports de force l'exigent, car l'essentiel pour ces puissances, c'est de maintenir le contrôle de la scène politique. C'est ce qui explique la position du Core Group [10] et du sous-secrétaire d'État au Département d'État des États-Unis, Kenneth Merten [11] dans cette conjoncture. Dans un entretien accordé en créole haïtien à La Voix de l'Amérique, cet ancien ambassadeur des États-Unis en Haïti s'est érigé en donneur de leçons en dictant la voie à suivre pour résoudre la crise. Il va jusqu'à parler au nom de la grande majorité des Haïtiens et Haïtiennes qu'il dit préférer exprimer leurs désaccords vis-à vis de l'équipe au pouvoir dans les prochaines élections que d'exiger la démission du président alors que cette démission à été réclamée haut et fort dans les grandes mobilisations des 17 octobre et 18 novembre 2018. Kenneth Merthen et le Core Group défendent le mandat présidentiel de Jovenel Moïse au nom de la démocratie et contre la volonté populaire. Pourtant, les pays qu'ils représentent n'ont jamais hésité à s'attaquer au mandat présidentiel de Nicolas Maduro. Le durcissement des sanctions économiques des États-Unis et de l'Union européenne à l'encontre du Venezuela au lendemain de la large victoire électorale de Maduro (68% des voix) [12] nous dit long sur le jeu des puissances impérialistes.

Le déplacement du principal scénario de la conjoncture a offert un certain prétexte à des ambassades pour appuyer l'équipe au pouvoir et la renforcer, ne serait ce que provisoirement. En effet, les négociations avec des forces de l'opposition donnent une perception de consensus autour des propositions de sortie de crise du Core Group et de Kenneth Merten. Par ailleurs, ces négociations contribuent à renforcer la méfiance entre les forces de l'opposition dont certaines sont soupçonnées de faire le jeu des puissances impérialistes. Par conséquent, ce déplacement de scénario est un facteur important à prendre en compte si l'on veut élucider le calme apparent et éphémère constaté depuis après la grève des 19, 20 et 21 novembre 2018.

Mis à part ce déplacement de scénario, les tentatives manquées d'alliances pour le renversement de l'équipe au pouvoir ont contribué à fragiliser les mobilisations. En efffet, l'échec de ces tentatives apporte certaines distances entre les forces de l'opposition politique à la suite de découverte d'intentions du coup malin et d'ambitions personnelles poursuivies au détriment d'intérêts collectifs en jeux. Évidemment, c'est mieux que ces intentions soient mises à nu le plus tôt possibles. Mais, il ne fait aucun doute que ces tentatives manquées révèlent davantage les difficultés d'alliance tactique même sur les dossiers les plus conjoncturels entre les forces de l'opposition.

Un autre facteur déterminant du calme apparent et éphémère dans la mobilisation populaire contre l'équipe au pouvoir est à souligner. Il s'agit de la prise de distance de certains Petro-Challengers vis-à-vis de toute orientation politique directe de la mobilisation autour du dossier Petrocaribe. Nous parlons d' « orientation politique directe » dans le sens d'associer cette mobilisation au départ du président Moïse et donc à la question du pouvoir d'État. En d'autres termes, cette mobilisation engagée pour demander des comptes aux autorités publiques est un acte politique même quand l'implication politique n'est pas aussi directe que la question du départ de Jovenel Moïse. Si cette distance prise par des Petro-Challengers vis-à-vis de l'orientation politique directe et immédiate de la mobilisation autour du dossier Petrocaribe est compréhensible compte tenu des expériences de luttes accaparées dans le passé par des forces sociales gardiennes du statut quo, il ne fait aucun doute qu'une telle distance influe négativement sur l'ampleur de la mobilisation et joue alors en faveur de l'administration de Jovenel Moïse.

Mais le calme constaté depuis après la grève des 19, 20 et 21 novembre 2018 ne peut être que passager et apparent, comme nous l'avons souligné à maintes fois. En effet, les problèmes qui sont à la base des contestations de l'équipe au pouvoir (corruption caractérisée de l'État, mépris vis-à-vis des classes populaires…) demeurent entiers. Ajouté à cela, le projet de loi de finances déposé au parlement le 11 décembre 2018 [13] annonce déjà, de par l'enveloppe consacrée au paiement de la dette publique (21,571,445,993 gourde, soit 12% des ressources totales) [14] entre autres, l'accélération de la dégradation des conditions de vie des classes populaires puisque cette proportion, qui représente une augmentation de 50% par rapport à l'année fiscale précédente et constitue la plus grande enveloppe budgétaire [15] , implique moins de ressources pour les services publics dans la mesure où l'enveloppe globale n'a pas une augmentation aussi significative par rapport à l'année précédente. De plus, avec la dépréciation de la monnaie locale (la gourde) dans un pays où la consommation dépend surtout de l'exportation, l'augmentation de l'enveloppe globale par rapport à l'année fiscale précédente [16] est moins importante qu'elle parait. Par ailleurs, les voies envisagées par cette équipe pour résoudre la crise comme le programme de crédit dénommé « Kredi atè plat » se révèlent aussi superficielles et méprisantes que la vision stratégique même qui alimente l'administration du président Moïse. Enfin, il y a les contradictions internes à l'administration Moïse-Céant qui amplifient les difficultés de cette équipe à sortir de l'impasse. Ces contradictions sont clairement révélées par le choix du Président Moïse de mandater le Maire des Cayes, Gabriel Fortuné, pour rencontrer des secteurs dans le cadre du « dialogue » lancé comme sortie de crise parallèlement au processus similaire engagé par le Premier Ministre Jean Henri Céant [17] .

Les issues possibles de la crise

Dans la conjoncture du 18 novembre 2018, les propositions de sortie de crise ne manquent pas. Pour ne pas nous perdre dans les détails, nous essayons de retenir les grandes orientations. Une dimension pacifiste et « réconciliatrice » domine ces propositions : dialogue national entre les « forces vives » de la nation, formation de gouvernement d'ouverture pour organiser la « conférence nationale souveraine » prônée depuis des années par le défunt Turneb Delpé pour définir un « pacte de gouvernabilité » ou encore un « projet national ». Tel est pour l'essentiel le refrain qui semble avoir plus d'écho dans la conjoncture. La lecture de ces propositions donne l'impression que la définition et la réalisation de ce projet national puissent se faire dans une collaboration amicale et solidaire, donc en dehors de la lutte des classes. Seule la naïveté peut porter à se fier à une telle impression.

Au contraire, c'est l'état de la lutte des classes qui amène les différentes forces y compris les gardiennes du statut quo à mobiliser l'idée d'un dialogue national comme simple rhétorique pour certaines, comme voie de solution à la crise réellement adoptée pour d'autres. En effet, c'est parce que ni les forces politiques qui représentent les intérêts fondamentaux de l'oligarchie et de leurs alliés internationaux ni celles qui défendent les intérêts stratégiques des classes populaires ne disposent pas de capacité suffisante pour s'imposer en force hégémonique que l'option de dialogue et d'entente est de plus en plus envisagée et envisageable en Haïti. Il ne suffit pas de disposer de pouvoir économique et forces répressives pour se faire accepter par les masses comme autorité légitime. La politique de mépris envers les classes populaires imposée depuis plus de deux siècles par les forces gardiennes du statut quo conduit progressivement à la dé-légitimation de ces dernières qui deviennent d'ailleurs répugnantes aux yeux des masses. Parallèlement, les forces progressistes et révolutionnaires font preuve d'incapacité, surtout en termes de lucidité tactique, à conquérir et exercer le pouvoir d'État dans le sens des intérêts fondamentaux des classes populaires. C'est cette incapacité des forces en lutte à se faire accepter comme l'autorité capable de défendre les intérêts fondamentaux des secteurs majoritaires et populaires qui conduit à la situation de crise. Antonio Gramsci parle en ce sens d'une crise d'hégémonie où « le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à venir et dans ce clair-obscur surgissent les monstres » [18] .

Si les notes semblent s'accorder sur la nécessité d'organiser la Conférence nationale souveraine, les divergences viendront sur les modalités d'organisation : changements politiques préalables, agenda, les secteurs éligibles de siéger dans cette Assemblée délibérative… C'est un autre terrain de la lutte de classes en dépit du caractère contractualiste [19] de la démarche.

Le calme apparent n'est que provisoire, comme nous l'avons mentionné plus haut. L'incapacité des différentes forces en présence à se faire accepter comme la force capable de défendre les intérêts fondamentaux de la majorité indique la venue proche de nouvelles expressions de la crise. Dans ces conditions, les limites organisationnelles des forces en lutte imposent les démarches inspirées des théories du contrat social comme la voie pouvant offrir une solution à moyen terme à la crise. En réalité, il ne sera jamais question d'un contrat social au sens de Rousseau où les intérêts fondamentaux de toutes les classes sociales seraient garantis. Les forces progressistes et révolutionnaires n'ont pas à avoir peur d'investir une éventuelle Conférence nationale souveraine sur la base de son caractère « contractualiste ». Elles doivent chercher à l'investir en la considérant pour ce qu'elle est : une démarche dont les résultats ne peuvent aller au-delà des mesures de réforme.

L'important, c'est de chercher à y trouver une grande audience, proposer et défendre des contenus allant dans le sens de repenser dans la mesure du possible la configuration des espaces de pouvoir d'État et la répartition des richesses. Les progressistes et révolutionnaires doivent aborder une éventuelle Conférence nationale souveraine comme un terrain de luttes qui, comme bien d'autres, peut offrir des possibilités de certaines conquêtes et des conditions pour en acquérir d'autres à l'avenir. Si les forces progressistes et révolutionnaires désertent ce terrain sans disposer de capacité organisationnelle à converger les luttes sur d'autres terrains, ce sera un choix irresponsable. Toutefois, elles ne peuvent s'y engager dans n'importe quelles conditions. Une conférence nationale véritablement souveraine ne peut être organisée sous l'influence de l'équipe au pouvoir. La liquidation du mandat du parlement et du président Jovenel Moïse se veut donc un préalable. En effet, la souveraineté de la Conférence ne se définit pas seulement par rapport à l'influence des forces étrangères. Elle se situe également dans la capacité des membres de cette assemblée à décider librement dans un espace où les dispositions à adopter ne sont pas connues d'avance.

A défaut de la Conférence nationale souveraine, c'est l'option d'une nouvelle intervention étrangère qui se dessine. Mais cette option peut et doit être combattue contrairement à une conception fataliste véhiculée autour des forces impérialistes, notamment les États-Unis.

[1] https ://drive.google.com/file/d/0B56RZ3-JtuHxZW8zNHp4TVlwdzg/view

[2] http://www.ihsi.ht/pdf/projection/estimat_poptotal_18ans_menag2015.pdf

[3] Voir en ce sens l'éditorial du 23 janvier 2017 du quotidien Le Nouvelliste https ://lenouvelliste.com/article/167608/le-president-a-parle-point-barre

[4] Voir en ce sens un article de l'agence en ligne Alterpresse rapportant l'analyse de ce budget par la Plateforme Haïtienne de Plaidoyer pour un Développement Alternatif (PAPDA) http://www.alterpresse.org/spip.php ?article21978#.XA7dtVVKjIU

[5] A ce propos, référez-vous à la dénonciation d'anomalies dans la gestion du fonds Petrocaribe par le Sénateur Steven Y. Benoit depuis 2013 et aux Sit-in réalisés contre la corruption de façon générale pendant l'année 2016 devant la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif par des organisations qui allaient donner naissance à la structure dénommée Mouvement 22 Janvier (M22)

[6] http://chf-ressourceshaiti.com/data/chfressources/media/bulletin-d-information/USH-1327.pdf

[7] http://haiti-progres.com/news/2018/02/14/le-rapport-petrocaribe-fait-des-remous/

[8] Le 10 novembre 2018, une manifestation avec Moïse Jean Charles à la s'est rendue à Vertières (Cap-Haïtien) pour hisser le drapeau noir et rouge dont les étoffes sont disposées verticalement (le drapeau de Dessalines). Voir en ce sens https ://netalkole.net/fr/national-politique-moise-jean-charles-hisse-le-drapeau-noir-et-rouge-a-vertiere/ . A la suite de cet événement, plusieurs voix de l'opposition politique ont mis le président Moïse en défi de se rendre à Vertières le 18 novembre pour la traditionnelle commémoration.

[9] http://www.loophaiti.com/content/le-president-sadressera-la-nation-ce-mecredi-21-novembre

[10] https ://minujusth.unmissions.org/communiqu%C3%A9-de-presse-du-core-group-%E2%80%93-22-novembre-2018

[11] http://afrokreyol.com/depart-de-jovenel-moise-kenneth-merten-repond-a-lopposition/

[12] http://www.slate.fr/story/162524/qui-soutient-encore-le-venezuela

[13] http://www.loophaiti.com/content/le-projet-de-budget-2018-2019-depose-au-parlement-ce-mardi

[14] https ://www.lenouvelliste.com/article/196217/etzer-emile-passe-le-budget-2018-2019-au-microscope

[15] Ibid.

[16] Soit une variation de 27,182,000,000 gourdes. Voir page 16 du budget 2018-2019.

[17] https ://lenouvelliste.com/article/195700/gabriel-fortune-mandate-par-jovenel-moise-pour-trouver-une-treve-politique

[18] Antonio Gramsci, Textes choisis. Essai, Sens critique, 2014

[19] Il s'agit d'une conception inspirée des théories du contrat social (Hobbes, Locke, Rousseau). Selon cette conception, le pouvoir d'État émanerait d'un contrat défini par les citoyens et citoyennes sur une base d'égalité en droit et qui garantirait les intérêts de tous et de toutes. Voir en ce sens Jean-Jacques Rousseau, Du contrat Social, Livre I, 1762

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